Formes de Luxe

Le magazine de l'emballage de luxe

Formes de Luxe

MB&F dépasse les frontières du temps

MB&F dépasse les frontières du temps

Maximilian Büsser, fondateur et directeur créatif de MB&F, dévoile son approche unique de la création d’horlogerie.

Vos montres sortent du lot. D’où vient cette approche novatrice ?

Après des années passées à travailler pour des horlogers de luxe traditionnels (dont Jaeger LeCoultre et Harry Winston Rare Timepieces), j’ai eu envie de retrouver la créativité de l’enfant que j’étais et que j’avais perdue au fil des ans. J’ai donc décidé de fonder une entreprise où je pourrais créer des choses auxquelles je croyais. Je vois l’horlogerie comme un art. Mais si tel est le cas, pourquoi 99,9 % de l’industrie fabrique-t-elle le même objet ? Je conçois des pièces en revisitant le monde imaginaire de mon enfance et, à partir de là, je crée des œuvres d’art mécaniques en trois dimensions. Il se trouve que ces dernières donnent aussi l’heure !

Comment se positionne l’entreprise sur le marché de l’horlogerie de luxe ?

Nous sommes une très petite marque artisanale et créative : une équipe de 24 personnes comprenant, pour la partie conception, trois ingénieurs R & D (qui développent tous nos mouvements en interne), six horlogers (qui assemblent ces mouvements), deux machinistes (pour l’usinage de certaines de nos pièces), un directeur technique et moi-même. J’insiste sur l’aspect artisanal car toutes nos pièces sont finies à la main, et nous gravons encore des pièces à la main, ce que plus personne ne fait. Nous avons fabriqué 245 montres l’année dernière, un nombre comparable à notre production annuelle depuis cinq ans. C’est notre choix de ne pas accélérer le rythme car cela aurait un impact sur notre capacité à prendre des risques créatifs. Une entreprise qui commence à croître cherche à réduire les coûts. Mais un produit exceptionnel a un prix, alors ce n’est pas la voie à suivre pour MB&F.

La gamme est divisée en quatre catégories. Quelles sont les spécificités de chacune ?

Les Horological Machines sont l’épine dorsale de MB&F. C’est là que nous déconstruisons l’horlogerie traditionnelle et la reconstruisons en une sculpture mécanique. Raconter le temps demande un peu de recul par rapport à la sculpture. Nos Legacy Machines sont plus cérébrales ; elles rendent hommage aux maîtres horlogers des XVIIIe et XIXe siècles. Il s’agit d’une gammeplus classique, avec des montres aux visages ronds et des cadrans blancs, mais toujours avec un twist. Lancée en 2009, Performance Art est une gamme qui s’apparente à une collection capsule. Je confie à un créateur, un artiste ou un horloger que j’admire une de nos pièces pour qu’il la modifie à sa guise. En mixant nos ADN respectifs, nous obtenons une création que nous n’aurions pas pu imaginer chacun de notre côté. Nous devons notre réalisation la plus récente à l’horloger finlandais Stepan Sarpaneva. Ce dernier a travaillé à partir de la HM8 pour créer Moon Machine 2, dont le rotor en forme de hache a été transformé en une toile de titane ajourée, à structure radiale. Le cadre sur le verre saphir supérieur a fait l’objet d’une métallisation.

Enfin, la catégorie Co-Creations est celle où MB&F travaille pour d’autres marques. L’Octopod, par exemple, est une horloge huit jours en forme de pieuvre sur “huit pattes” conçue pour L’Épée, le plus ancien horloger du monde. Pour ce projet, trois séries de 50 pièces en acier ou laiton plaqué nickel ou palladium ont été créées.

Votre packaging est presque aussi complexe que les montres elles-mêmes…

Dans notre industrie, le niveau de qualité du pack est souvent très éloigné de celui du produit lui-même. C’est notre choix de ne pas opter pour une boîte en bois fabriquée en Chine pour économiser plusieurs milliers d’euros. Je veux que nos étuis soient aussi prestigieux que le produit qui s’y trouve niché et qu’ils s’apparentent à une véritable œuvre d’art. Il y a toujours une histoire à raconter sur le produit contenu dans l’étui. Depuis sept ans, nous travaillons exclusivement avec Olivier Berthon, directeur créatif d’ATS Luxe. Tout cela a évidemment un coût puisque nos étuis sont fabriqués en France et en Suisse, en très petites quantités. Il n’y a donc pas d’économie d’échelle, ni de réduction des coûts. D’autant que nous voulons que la finition soit au même niveau que le produit lui-même. Je dirais que le pack représente entre 8 % et 10 % du prix de la montre.

Pouvez-vous nous décrire un packaging ?

La HM6 Space Pirate – dont le mouvement a demandé trois ans d’ingénierie pour un total de 476 composants – est inspirée d’un vaisseau spatial tiré d’une BD de mon enfance. L’étui à remontoir est en aluminium et laiton, avec des parties brillantes en aluminium chromé. La montre, qui est fixée sur le côté gauche de l’étui, tourne pour “remonter” le long du coffret. L’étui, lui, peut être positionné aussi bien à plat qu’à 45° pour que la montre soit plus visible. Au total, nous avons réalisé 100 pièces (montre et boîtier) au cours des quatre dernières années.

Comment voyez-vous le développement de l’industrie horlogère dans les années à venir ?

Lorsque j’ai rejoint le secteur, il y a 27 ans, pratiquement toutes les maisons étaient en faillite car les consommateurs n’étaient plus intéressés par la montre mécanique. L’industrie a réussi à se ressaisir et aujourd’hui, la plupart des grandes marques appartiennent à des groupes de luxe cotés en Bourse. L’avenir du haut de gamme continuera d’être entre les mains de méga-marques, méga-marketées qui produisent des centaines de milliers de pièces par an. À côté, il y aura les acteurs artisanaux confidentiels comme nous, qui fabriquent des montres faites main à un rythme de 50 à 250 unités par an. Ceux qui sont situés entre les deux sont en réelle difficulté.

Le digital et les smartphones, en particulier, n’ont-t-ils pas eu un impact néfaste sur l’horlogerie de luxe ?

Le smartphone non, mais la smartwatch, elle, va avoir des retombées considérables – même si l’industrie ne veut pas le reconnaître. Je ne vois pas les consommateurs porter une montre Apple à un poignet et une montre mécanique à l’autre. Si vous devez faire un choix, la partie n’est pas gagnée. Le statut que donne une montre mécanique de luxe n’a rien à voir avec une smartwatch. Cette dernière offrant des services tels que la surveillance médicale, je pense que l’aspect santé sera privilégié. Quant à nous, chez MB&F, rien d’électronique n’entrera jamais dans nos créations : nous sommes dévolus aux sculptures mécaniques !

Parlez-nous de vos lieux dédiés à l’art et à la vente, les M.A.D. Galleries à Genève, Taipei et Dubaï…

Je voulais mettre en valeur l’art mécanique des artistes et ingénieurs que j’admirais (NDLR : M.A.D. est un acronyme pour Mechanical Art Devices). Je me suis dit que si je pouvais expliquer le travail d’artistes mécaniques ou cinétiques, les visiteurs pourraient peut-être mieux comprendre notre démarche. La M.A.D. Gallery était au départ un outil pour décoder le processus créatif de MB&F, et c’est devenu un vrai succès. Nous y vendons plus de 500 oeuvres par an, y compris nos montres.

Quels sont vos projets ?

Nous venons de lancer la Moon Machine 2 et, en octobre, nous dévoilerons la Horological Machine N°9, ainsi que deux cocréations avec L’Épée qui verront le jour en mars et septembre. Je ne planifie pas un nombre précis de lancements par an car la créativité a son propre temps. Surtout, elle ne se commande pas!

Alissa Demorest

Formes de Luxe
1 /

MB&F dépasse les frontières du temps

Écrin d’une Legacy Machine. Les coffrets sont conçus avec l’atelier ATS Luxe.

Maximilian Büsser, fondateur et directeur créatif de MB&F.

Le design du HM7 Aquapod est inspiré par une méduse.

L’Octopod, une co-création de MB&F et L’Épée.

La Moon Machine 2 est le fruit d'une collaboration avec l’horloger finlandais Stepan Sarpaneva.

La HM4 (montre et boîtier) est inspirée du monde de l’aviation.

L’écrin HM6 est en aluminium et laiton se remonte sur le côté.

L'actualité formes de luxe

Nos articles les plus populaires

-
Tisser le lien entre luxe et éco-conception
-
Elisabetta Bonuccelli, la beauté du détail
-
Innovations Luxe pack Monaco : Papier et Carton

ABONNEZ-VOUS À Formes de Luxe

JE M'ABONNE
Juillet 2018 - N°125 Septembre 2018 - N°126 Novembre 2018 - N°127