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Interparfums : L’expression du parfum

Interparfums : L’expression du parfum

Chez Interparfums, le fabricant packaging est vu plus comme un partenaire qu’un fournisseur. Marion Trossat, directrice développement et achats packaging, nous fait découvrir cet acteur incontournable de l’univers du parfum.

Vous avez un large portefeuille de marques. Comment le développement packaging est-il organisé chez Interparfums ?

Nous travaillons avec onze marques dont neuf sous licence et deux en propre. Autant dire qu’on ne s’ennuie pas ! Nous avons aussi des exigences des maisons mères qui diffèrent d’une marque à l’autre, avec en outre une présence et une influence qui peuvent varier. Certaines nous laissent une totale liberté, et d’autres ont un vrai droit de regard en matière de design et de technique. Pour Lanvin et Rochas, nos marques en propre, les prises de décision sont faites en interne et nous pouvons donc être encore plus dans la mouvance du time to market accéléré.

Mon équipe, composée de six personnes, est chargée du développement et des achats, ce qui est rare dans la profession. Cela nous permet de négocier ce que nous développons, tout en offrant une agilité, une réactivité et une souplesse accrues. Nous avons une bonne notion du prix des composants et des outillages, et nous sommes donc bien plus efficaces dans la négociation de nos achats.

Vous avez aussi un réseau de fabricants développé. Sur quels critères les choisissez-vous ?

Notre panel est très large car, à chaque acquisition, nous héritons des fournisseurs qui travaillaient historiquement avec la marque. Quand nous développons un projet, c’est de A à Z : du brief marketing à la mise à disposition des produits dans notre entrepôt. Les données essentielles pour démarrer une nouvelle étude sont les suivantes : design, prix de revient objectif, quantité (afin de dimensionner nos outillages pour avoir les bonnes cadences de production) et délais, bien sûr. Nous nous orientons vers tel ou tel fournisseur, en fonction de son expertise. En général, nous mettons trois fabricants en compétition par métier ; celui qui nous donne le meilleur compromis coût, qualité et délais va remporter le marché. Mais nous choisissons aussi en fonction des derniers lancements, afin de répartir le business. Chez Interparfums, nous considérons nos fournisseurs plus comme des partenaires ; c’est une spécificité de la maison.

Avec environ 30 lancements par an, comment abordez-vous les contraintes du time to market ?

La tendance est au raccourcissement des délais, qui sont déjà très serrés et pour certains incompressibles – un outillage prend environ trois mois de développement. La façon d’être performant sur le time to market, c’est d’anticiper au maximum toutes les éventualités dans la vie d’un produit. On parle d’homologation en amont et pendant le développement du projet.

Cher Interparfums, des lancements “lourds”, c’est-à-dire avec un développement d’outillage où l’on part d’un nouveau brief avec une autre forme de flacon et de capot, nous en lançons un par marque, tous les deux ans ! Nous avons aussi un nombre de flankers assez important car nous souhaitons soutenir nos piliers.

Quelles sont vos marques les plus performantes ?

En terme de licence, Montblanc reste le premier. Interparfums a clôturé l’année 2017 avec un chiffre d’affaires de 422 M€, dont 112 M€ pour Montblanc. Avec une croissance à 17 % et un chiffre d’affaires de 96 M€, Jimmy Choo a également surperformé. La troisième marque du portefeuille reste Lanvin avec 57,6 M€. Coach, pour laquelle nous avons signé la licence en avril 2015, a fini l’année à presque 51 M€, avec seulement trois références – une quatrième, le masculin, est arrivée en fin d’année dernière à l’international et, début 2018, en France. Nous mettons beaucoup d’espoir dans cette licence et il y a de belles choses dans les tuyaux. Tous les flacons sont designés par l’agence Baron & Baron aux États-Unis.

Pouvez-vous nous parler des flacons Coach ?

Ça a été un vrai challenge technique. Pour coller au plus proche du design, nous avons repris le fermoir de la maroquinerie, le turnlock, pour l’adapter au spray cap, en collaboration avec Albéa. Rien que sur le turnlock, il y a quatre moules différents, dont un pour une pièce en polyoxyméthylène (POM), une matière souple, injectée à l’intérieur. Le POM a un effet mémoire très important. Pareil à un ressort, il permet d’assurer la bonne élasticité du bouton poussoir et aussi de faire les rotations on/off avec fluidité. Le fait de pouvoir toujours revenir à la position initiale supprime les risques de blocage du système de verrouillage.

C’est le même outillage pour les quatre références de spray cap, mais ils sont traités avec des parachèvements différents : une galvanisation bronze blanc sur l’eau de toilette, or sur l’eau de parfum, or rose sur l’eau florale et une technique plus complexe pour obtenir la teinte canon de fusil souhaitée par la marque, différente du gris acier standard. Pour cela, on a dû réaliser un parachèvement en deux temps, avec une première galvanisation, suivie d’une mise à la teinte par pulvérisation.

Sur le flacon (Pochet du Courval), l’enjeu consistait à maîtriser la gravure car il fallait trouver le bon compromis entre la netteté d’une gravure et le rebrûlage du flacon pour éliminer les petits problèmes de peau du verre. Quand un flacon est trop rebrûlé, vous risquez de faire fondre la peau de verre et donc d’avoir un rendu un peu émoussé. Or nous voulions une gravure à la fois nette et précise.

Y a-t-il une volonté de développer les collections premium ?

Tout à fait, et c’est une tendance qui perdure. Début 2017, nous avons sorti la Collection de parfums Boucheron, designée par Alnoor, et c’est un énorme succès. Très statutaire, ce flacon en verre est aussi très lourd. En mai, nous présentons un nouveau jus pour cette collection. Ensuite, nous avons la Collection des Parfums Matières chez Karl Lagerfeld qui fonctionne à merveille ; son prix accessible nous permet de toucher des consommateurs qui ne pourraient pas forcément s’offrir un parfum de collection. Là encore, le flacon en verre (Stoelzle) fait un certain poids, tandis qu’un capot (CMSI, Texen) assez technique a été réalisé en surmoulage de Surlyn, avec un insert en PP teinté masse dans la même couleur que le laquage du flacon (ASB), permettant un clipsage maîtrisé. Tous les ans, nous sortirons un nouveau duo féminin et masculin.

Les nouvelles gestuelles de parfums sont-elles un terrain d’exploration chez vous ?

Hormis quelques concrètes ou roll-on dans les offres gift, la totalité de nos produits sont en spray. En revanche, nous voyons de l’innovation sur la pulvérisation. Il y a également un gros travail sur la discrétion de la pompe. Nous étions les premiers en 2007 à adopter le tube invisible NoC, que nous utilisons maintenant systématiquement dans tous nos produits. Autant le makeup ou la cosmétique peuvent se permettre beaucoup d’inventivité dans les techniques d’application, autant il est difficile de sortir de la sacro-sainte pulvérisation en parfumerie !

Quelle est votre approche de l’éco-conception ?

Notre plus gros projet dans ce domaine concerne le packaging tertiaire pour rationaliser nos caisses de transport. Dans le passé, nous avions 454 références de caisses (tirettes incluses) et chacune était dédiée aux dimensions de l’étui de chaque référence parfum. Nous sommes arrivés à supprimer les tirettes et à trouver des solutions pour limiter le nombre de caisses ; nous avons maintenant six formats de caisses, qui en outre répondent aux normes des distributeurs. Cela nous permet d’économiser quelque 170 tonnes de carton par an.

Le made in France est-il une priorité ?

Chez Interparfums, c’est une question primordiale : 70 % de nos achats sont faits en France, 20 % en Europe et les 10 % restants en Asie. De plus, 100 % de nos conditionneurs sont français. Lors de la crise de 2009, nous avons souhaité acheter un maximum de composants en France, pour soutenir nos partenaires français dans cette période difficile.

En Asie, je vais chercher une typologie de composant que je ne peux pas trouver en Europe à un prix plus ou moins équivalent. Quand il y a beaucoup de main-d’œuvre – je pense au petit nœud ou au capot en Zamak de Rochas Mademoiselle par exemple –, on est obligé de l’acheter en Asie. En revanche, un capot en Surlyn peut être réalisé en France. Nous sommes très loyaux vis-à-vis de la filière française et depuis cette année, Interparfums est membre de la Glass Vallée, le premier pôle mondial de flaconnage de luxe. À ce jour, 17 % de notre chiffre d’affaires est concentré sur les acteurs de la Glass Vallée.

Comment voyez-vous la concentration du secteur du pack ?

Il y a du pour et du contre. Nous en profitons bien sûr : pour Coach par exemple, nous avons bénéficié des synergies chez Albéa qui nous a développé le spray cap et l’accessoire (Albéa Beauty Solutions). Mais il faut faire attention à ce que cela n’alourdisse pas le système. Les sociétés doivent pouvoir garder leur agilité et leur spécificité. Plus d’un quart de nos fournisseurs sont des PME. Aussi, nous collaborons très souvent avec les spécialistes de parachèvement en direct, même quand les verriers sont intégrés en décor. Nous aimons cette flexibilité et la maîtrise du timing que cela apporte. 

Quelles sont, pour vous, les innovations les plus marquantes de ces dernières années ?

Pour moi, c’est la possibilité d’apporter une forme à l’intérieur du flacon. Avec In’pressive, Pochet du Courval et Cent Degrés ont été pionniers sur ce front. Maintenant, c’est un investissement important ; sur le plan de l’outillage, l’utilisation de moules d’essais et de moules pilotes, qui permettent de tester l’étanchéité, allongent aussi les délais de développement. Nous observons aussi les efforts des verriers pour mieux maîtriser la répartition du verre au niveau du pied. Il est très difficile par exemple d’obtenir un grand sourire dans un flacon cylindrique, mais des innovations sont maintenant en place chez certains pour marquer plus encore ce sourire. L’essentiel chez Interparfums consiste à répondre aux demandes de la maison mère qui a validé un design. Avant tout, on est là pour donner le meilleur à la marque que l’on représente !

Alissa Demorest

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