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Groupe Val Fi : Esprit d’équipe

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P-dg du spécialiste du laquage et décor sur verre Groupe Val Fi et également présidente de La Glass Vallée, pôle de flaconnage de luxe implanté dans la Vallée de la Bresle, Valérie Tellier partage sa vision du marché. 

Votre groupe comprend trois entreprises : Val Laquage, Piochel et InserDéco. Quelles sont les spécialités de chacune et quelles sont vos priorités en matière de développement ?

Val Laquage ainsi qu’InserDéco sont experts en sérigraphie, marquage à chaud, tampographie et laquage, bien sûr. Piochel est plus impliqué dans les produits laqués, mais non décorés, c’est-à-dire sans sérigraphie et sans marquage à chaud. InserDéco est notre entité la plus manuelle car nous faisons énormément d’opérations sur mesure, ainsi que de petites et moyennes séries, mais nous veillons à booster l’automatisation : en octobre, une machine assurant la pose automatisée de plaques métalliques sera installée.
Chez Val Laquage, nous investissons pour mettre le décor en ligne, et Piochel va accueillir sous peu une nouvelle ligne de laquage destinée davantage à la gobeleterie en verre et aux spiritueux puisque nous faisons de plus en plus de bouteilles haut de gamme et devons nous équiper d’une ligne adaptée.
Le plan d’investissement pour nos trois sites est étalé sur trois ans : pour l’année en cours, nous injectons entre 1,5 et 2 M€ (hors bâtiment), en année 2 entre 1 et 1,5 M€. Le montant pour l’année 3 reste à définir.

Quelle expertise vous manque-t-il en décor-parachèvement ?

Le dépolissage et la métallisation. Nous arrivons cependant à obtenir des produits s’approchant de plus en plus de la métallisation par pulvérisation.
J’ai choisi de ne pas faire du Jet Metal. La réflexion repose donc plutôt sur la croissance externe. Je regarde ce qui se passe sur le marché, mais nous n’avons pas de projet de rachat pour l’instant.

Votre chiffre d’affaires dédié au segment des spiritueux est en croissance. Comment pensez-vous booster ce business ?

Aujourd’hui, les spiritueux représentent environ 1 M€ de notre chiffre d’affaires groupe (à comparer aux 14 M€ au global). La croissance est due en grande partie à la cellule innovation que nous avons pu mettre en place. Entre 3 et 4 % de notre chiffre d’affaires sont actuellement injectés dans le budget R & D. Pilotée par notre responsable innovation, Vincent Piochel, cette cellule a notamment lancé une technique de dépose de paillettes sur bouteille – ce qui se fait normalement par flockage –, grâce à laquelle nous obtenons des paillettes de 400 microns dans un vernis spécifique. La matière est pulvérisée comme le laquage, mais nous avons dû repenser l’outillage (machine, pistolet…).

Cette technique de décor sera ensuite déclinée sur d’autres supports tels que la feutrine. Nous travaillons aussi sur des laquages de plus en plus complexes. On constate également une certaine duplication des méthodes qu’on a su appliquer sur les produits de parfumerie à destination des spiritueux. Au début, les volumes nous permettaient de travailler sur nos lignes traditionnelles. Cependant, notre production est désormais beaucoup plus importante et demande du matériel spécifique. Nous devons aussi nous assurer du bien-être des personnes qui travaillent sur ces lignes car le poids des bouteilles n’est pas le même.

Aujourd’hui, votre travail pour les verriers représente 55 % de votre chiffre d’affaires. 45 % proviennent des commandes passées en direct par les marques, un chiffre que vous souhaitez faire évoluer. Pourquoi ?

Si l’on ne va pas vers les marques, on n’existera pas demain. Il ne s’agit pas de court-circuiter le verrier, mais d’être au plus près des développements et de savoir vers quoi il faudrait investir. Nous souhaitons donc élargir notre portefeuille clients, et surtout pouvoir répondre au mieux à la demande.

Et comment comptez-vous y parvenir ?

Il faudrait déjà que les marques sachent que nous existons car, si elles connaissent les verriers, souvent elles ne savent pas que nous sommes derrière. Nous devons leur dire que nous avons des laboratoires pour effectuer des recherches, des équipes en place pour accompagner les développements. Leur faire savoir tout simplement que nous sommes devenues des entreprises structurées ! Souvent, ce sont les chefs de projets marketing qui viennent chez nous, mais les informations n’arrivent pas forcément aux acheteurs et décideurs. Nous voudrions montrer que Groupe Val Fi est force de proposition, d’où notre travail sur les innovations.

De plus en plus de verriers intègrent les décors. N’est-ce pas un danger pour vous ?

Ça m’a fait peur à une époque, mais plus maintenant, car certains verriers ont perdu en agilité, notamment en devenant trop gros. Nous avons su garder notre expertise et notre agilité, tant sur l’application que sur la conception machine.

Au fil des années, les marges se réduisent pour les sous-traitants. Comment contrer ce phénomène ?

Les marges se réduisent parce qu’on a de plus en plus d’obligations : nous faisons des métiers consommateurs en ressources humaines et en énergie, et toute incidence sur l’augmentation du Smic, sur les matières et l’énergie, on se le prend en pleine figure. Nous n’avons pas vraiment de discussions à ce sujet avec nos clients : le verrier nous demande de baisser les prix, car les marques leur demandent de les baisser, tout en assurant une qualité et un service supérieurs, ce que je comprends puisque l’on reste sur des marchés haut de gamme. Mais attention, à un moment, on va arriver sur la corde ! Pour assurer un budget innovation, il faut avoir une entreprise assez importante derrière soi, et si l’on veut tout respecter, le coût est énorme et ce sont les marges qui s’effritent. Si l’idée est de pouvoir continuer à fabriquer en France, cela veut aussi dire de ne pas trop pressuriser les fabricants. On ne peut pas toujours demander plus aux PME !

Après une interruption de quelques années, vous en êtes à votre second mandat à la présidence de La Glass Vallée. Quelles sont vos priorités pour le pôle ?

Nous avons gagné beaucoup en termes de visibilité. Aujourd’hui, quand on parle de La Glass Vallée, on sait nous situer, que cela soit au niveau national ou international. Surtout, au cours des quinze dernières années, nous avons su faire reconnaître notre expertise métier. Après, l’objectif est que nos membres travaillent ensemble – on peut être concurrents et se parler ! On travaille énormément sur l’environnement, les ressources humaines… Comment recruter et être attractif, comment aller groupé à l’international sont des questions que nous nous posons. C’est la dixième année, par exemple,
que La Glass Vallée expose à Luxe Pack Monaco. Nous sommes autour de
70 adhérents, et avons désormais des marques membres, telles que L’Oréal ou Interparfums, ainsi que quelques verriers hors de la vallée (Flacopharm) ou Jacomo, qui est conditionneur à Deauville. L’organisme doit toujours montrer que l’on existe et que l’on fait de vrais investissements. Les entreprises, autant les verriers que leurs sous-traitants, ont tous investi de manière massive. Nous devons montrer que l’on croit dans nos métiers, que l’on travaille en partenariat pour la plupart d’entre nous, même si nous sommes parfois concurrents. Nous devons exprimer les forces vives sur ce territoire.

Y a-t-il des synergies possibles avec la Cosmetic Valley ?

Même si je considère que l’on devrait pouvoir travailler ensemble, les passerelles sont compliquées. D’un côté, il y a un pôle de compétitivité énorme, comparé à ce que nous sommes (petit sur notre territoire et avec des compétences sur un fragment du marché). Après, on est contenant/contenu à chaque fois et on travaille de bout en bout pour le même client !

La Biennale de La Glass Vallée s’est tenue pour la première fois en 2017. Qu’en avez-vous retenu ?

L’idée était de montrer aux marques comment on travaille dans la Vallée de la Bresle, de faire émerger les différents métiers et de souligner nos capacités de codéveloppement. Lors de la première biennale, Val Laquage a présenté un développement sur le segment de la bouteille avec Saverglass. Verescence et Pochet du Courval ont mis en lumière des sujets de RSE sur lesquels ils travaillaient en commun pour démontrer que la même logique existe, quel que soit le verrier. D’autres sujets tels que la fabrication additive et ses conséquences sur la création de produits ont nourri le débat.

Nous avons aussi réalisé un gros travail avec les moulistes, en exposant la valorisation qu’ils peuvent apporter par la qualité de leur moule par rapport à la fabrication verrière qui suit et la qualité de verre qu’ils pouvaient obtenir. Aujourd’hui en parfumerie, on voit énormément de travail sur les jus, la couleur d’un flacon ou son décor, mais, en fin de compte, les marques font peu de nouveaux modèles et ce sont les moulistes qui en souffrent. Vu que les moules restent des produits relativement chers, il faut faire attention à ne pas aller chercher de la concurrence à l’étranger pour obtenir un meilleur prix ! Le fil rouge de tout cela, c’est que les petites entreprises de province peuvent apporter des solutions et qu’il y a une réelle expertise dans chacune des entreprises qui composent La Glass Vallée. Nous suivons tous ces sujets avec le comité de pilotage en charge de la prochaine édition de la Biennale.

Comment voyez-vous l’avenir de vos métiers ? Dans quinze ans, aurons-nous des usines entièrement robotisées ?

Non, je n’y crois pas pour plusieurs raisons. Tant qu’il n’y aura pas de réflexion sur des volumes de production bien ciblés, on pourra difficilement modéliser une machine pour tel ou tel produit. Nous sommes encore vraiment dans l’épicerie et le sur-mesure. Sur la teinte, l’homme est toujours un élément clé. Bien sûr, il y aura des évolutions et peut-être, à terme, bien moins d’effectifs en usine, mais nous en sommes loin. Pour moi, tant que l’on aura besoin de l’humain, tout n’est pas perdu ! 

Cette interview est parue dans le numéro 126 de Formes de Luxe.

Alissa Demorest

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Valérie Tellier, P-dg de Groupe Val Fi et présidente de La Glass Vallée.

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