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Cire Trudon : L’héritage mis en lumière

Cire Trudon : L’héritage mis en lumière
CYRILLE ROBIN

La marque Cire Trudon, lancée en 2007, trouve ses origines au 17e siècle. Sous la direction de Julien Pruvost, la maison reste solidement ancrée dans la tradition tout en sachant se réinventer avec de nouveaux modes de parfumage.

La marque Cire Trudon fait partie d’une holding familiale ?

Oui. Je suis directeur exécutif de CIR, une entreprise qui comprend des marques en propre, dont Cire Trudon – son activité principale –, la marque Carrière Frères, le travail à façon, ainsi qu’un axe plus classique qui consiste à vendre des bougies que nous fabriquons ou que nous achetons en négoce. Il est important de souligner que notre ADN est dans la fabrication ; c’est de là qu’est née la marque Cire Trudon. L’usine, qui est aujourd’hui située à Mortagne-au-Perche, est dans la lignée de la Manufacture Royale de Cire qui a obtenu son titre sous Louis XIV.

Parlez-nous du développement produits chez Trudon.

Au-delà des bougies, nous aimons explorer d’autres vecteurs de parfum. La Promeneuse (ci-dessus), par exemple, est un dispositif de parfumage intérieur lancé en 2016. Son design, signé Pauline Deltour, est un mélange de plusieurs éléments phares de la maison qui ont marqués ces dernières dix années : le tube en verre vert rappelle l’ensemble des verres Trudon (fabriqués chez Aton Luce en Toscane), et sa forme est inspirée du flacon de nos vaporisateurs. Les parties en céramique et en laiton sont des éléments nouveaux, confectionnés par Jotta au Portugal.

Vos fabricants packaging sont principalement basés en Europe ?

Nous nous interdisons d’aller en Asie et limitons la production à l’Europe limitrophe. Et lorsqu’il s’agit d’une pièce maîtresse, d’un objet plus sculptural, nous aimons travailler avec la France. Actuellement, nous développons des projets avec des artisans français, mais je ne peux pas en dévoiler plus pour le moment.

Pour La Promeneuse, nous étions soucieux d’atteindre un certain niveau de prix avec des pièces qui étaient simples, mais sur-mesure. D’autre part, nous n’avons pas de bureau d’études ; l’entreprise Jotta, notre intermédiaire, est performante pour développer ce genre de pièces avec ses entreprises partenaires.

Parlez-nous de votre approche du packaging.

Prenons nos pots en verre. Souvent, on pense que le verre Trudon est soufflé, mais il est centrifugé, une méthode quasi-artisanale. Cela se voit sur la surface du verre car il porte les marques striées
qui résultent de cette méthode de fabrication ; des “défauts” qui font partie de l’identité du verre. Étant donné que le moule est ouvert sur le haut, le buvant n’est jamais le même, ce qui rend chaque contenant unique. La forme facettée du verre est rendue possible grâce à cette technique ; il y a une telle épaisseur à la base qu’on peut se permettre de raboter dedans.

Pour la couleur verte, le verre est teinté dans la masse tandis qu’avec les autres teintes, comme le bleu pour la collection Les Belles Matières, il est décoré en surface. Les étiquettes en papier métallisé gaufré (Autajon) sont ensuite appliquées à la main. L’adhésion de l’étiquette présente des contraintes dues aux encoches dans le verre ; la tension qui en résulte en plus du gaufrage a fait qu’Autajon a dû beaucoup travailler l’adhésion au verre à travers la colle, l’épaisseur de l’étiquette et les finitions. Au fil des ans il y a eu pas mal de changements de styles qui ont amené des modifications techniques : la création d’une bordure sur l’étiquette, nous a ainsi permis d’augmenter légèrement la surface, et donc la tenue de l’étiquette.

Nos boîtes et étuis sont eux fabriqués par Valtenna en Italie, qui fait aussi le décor en marquage à chaud. La totalité de notre papier, teinté dans la masse dans des couleurs spécifiques est notamment sourcé chez Fedrigoni.

La première collection de parfums Trudon a vu le jour en 2017 avec cinq fragrances.

Oui, et pour moi, l’avenir de la maison va passer par le parfum. Il y a aussi un lien historique, car une partie de la famille Trudon faisait le commerce d’épices et les parfumeurs de l’époque se servaient justement d’épices pour la composition de parfums. J’ai découvert un billet datant de la fin du 18e siècle de la Manufacture Royale de Cire sous les Trudon qui faisait la publicité de deux bougies parfumées, au lavandin et à la citronnelle.

Côté packaging, la collection nous a permis de développer des objets en verre : le flacon et le capot, produits par les Verreries Brosse (l’étiquette est signée Autajon). Le capot reprend le vert Trudon et son design celui de La Promeneuse et donc des vaporisateurs. L’année prochaine, nous visons le lancement de deux nouveaux parfums.

Quelle est votre politique d’éco-conception ?

Aujourd’hui, toute notre base papier et carton est certifiée FSC et entre 30 et 40 % du verre utilisé est issu de verre recyclé. Du coté de la matière première, nous avons la chance de fabriquer nos produits et de maîtriser nos formules. Depuis plusieurs années j’étudie la composition de la cire, plus particulièrement la cire végétale. Ces huiles peuvent servir à la nourriture et on les utilise dans les bougies, où est la vertu là-dedans ? À l’inverse, la paraffine, qui est un sous-produit de la raffinerie du pétrole, du slack wax, a, je pense, moins d’impact environnemental que certaines huiles végétales. Comme l’alcool avec le parfum, il n’y a pas mieux pour exprimer des notes olfactives que la paraffine.

L’impact écologique est un équilibre à trouver ; le risque zéro n’existe pas. Aujourd’hui, nous nous engageons sur la mesure de la qualité de l’air de nos bougies, et nous calculons l’empreinte carbone de nos produits. Un partenariat est en voie de développement avec le Conservatoire de l’Abeille noire au sein du Parc National régional du Perche où est située notre usine. L’entreprise va acheter quinze ruches, ce n’est qu’un début et nous allons encourager nos clients à s’engager en achetant une ruche ou simplement en faisant un don.

Combien de portes avez-vous dans le monde, et quel est le potentiel de la Chine, où le marché du parfumage d’intérieur est en pleine croissance ?

Nous avons une centaine de points de vente pour nos parfums, et environ 600 pour les bougies ainsi que sept boutiques Trudon – quatre à Paris, une à New York, Londres et Seoul.

Le marché chinois est prêt pour ce type d’offre et la demande est là. En plus du coté lifestyle des produits qui est attrayant, il y a un vrai sujet en Chine sur la qualité de l’air. Les consommateurs s’intéressent donc au parfum d’intérieur pour les bienfaits qu’il peut apporter, pour son côté relaxant par exemple. Je pense qu’il est possible de surfer sur ce marché et adapter notre communication. Notre distribution est y extrêmement sélective, avec une vingtaine de portes dont une majorité de concept-stores lifestyle. Une boutique en propre n’est pas pour demain, car la distribution doit d’abord être bien implantée.

Quels sont vos produits en développement ?

Ils restent encore confidentiels, mais disons que nous aimons bien revisiter les classiques. Il y a beaucoup de choses qui pourraient être réinventées qui ne sont pas d’ordre mécanique. Trudon est une maison qui sait se renouveler  !

Alissa Demorest

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Cire Trudon : L’héritage mis en lumière

© CYRILLE ROBIN La Promeneuse

© marion leflour Julien Pruvost, directeur executif de CIR

Bougie Esterel

© CYRILLE ROBIN Vaporisateur parfum

© CYRILLE ROBIN

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