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Arca Ébénisterie révolutionne le bois

21-07-19

Arca Ébénisterie révolutionne le bois

Issu d’une famille « dans le bois » depuis plusieurs générations, Steven Leprizé, artisan d’art à la tête d’Arca Ébénisterie, transforme ce matériau noble pour la création de matières et d’objets déroutants. Tour d’horizon des innovations de l’atelier et de ses nouvelles pistes de recherche.

Vous avez été primé Talent d’Exception du Prix Liliane Bettencourt pour L’intelligence de la Main en 2018.

Oui, j’ai été lauréat grâce au bureau fabriqué avec notre dernier matériau : le Woowood, une marqueterie innovante car elle est souple et son contour est révélé par l’objet qu’elle recouvre.

Le cœur de notre atelier est la création et l’innovation par l’ébénisterie ; nous mettons le bois à l’honneur, mais n’hésitons pas à aller chercher une infinité d’autres techniques, de matières et de procédés pour arriver à nos fins. Le travail sur le mouvement – soit figé soit une vraie synectique avec le gonflable – est un autre axe de développement. L’idée est de créer une illusion d’optique pour engendrer l’étonnement !

Nous sommes six chez Arca aujourd’hui, dont quatre personnes en atelier. L’agencement haut de gamme reste l’activité principale de notre atelier bien que notre objectif soit de consacrer plus de temps à nos créations et innovations. Nous travaillons en collaboration avec des grandes maisons qui nous missionnent sur leur prototypage et la fabrication de meubles, d’objets. Mais également avec l’industrie automobile, des agences d’architectes d’intérieurs, des particuliers…

Et en ce qui concerne la partie packaging ?

Nous avons de plus en plus de projets dans ce domaine. Avec Gainerie 91, par exemple, nous avons fait un étui pour champagne en Woowood, le “petit frère” de l’Airwood.

Nous avons créé des coffrets à champagne dans la même matière, pour ATS et L’Atelier de Luxe.

Quelles sont vos nouvelles pistes d’innovation ?

Nous avons été approchés par des scientifiques il y a trois ans et nous sommes retrouvés en réunion avec des personnes de l’École des Mines, de Dassault, d’Eurocopter, de Général Electric… Ces écoles qui mettent en place des thèses se rendent compte qu’en travaillant uniquement avec de gros industriels ils limitaient l’orientation de la thèse en la dirigeant de manière trop importante pour arriver à un produit fini.

En somme, le “thésard” était comme un sous-traitant avec des œillères qui devait mettre au point une technique sur un objet pour une fonction bien définie. Ils se sont dit qu’en travaillant avec quelqu’un de créatif il y aurait une autre vision du projet, plus lié au sentiment et à la sensibilité. Le but est d’arriver à des techniques de fabrication, des méthodologies, des nouveaux procédés et matières avec un potentiel très étendu.

Avec l’École des Mines nous travaillons sur deux pistes qui sont bien sûr liées au bois.

La première concerne une thèse sur la projection plasma sur du bois : pouvoir faire une soudure de métal sur du bois. Pour ce projet nous travaillons un couteau entièrement en bois avec une lame en métal “projetée” avec un canon plasma (une sorte de robot numérique) et nous balançons des nanoparticules d’une matière X sur le bois. Il s’agit d’une soudure, car les particules sont “bombardées” avec une telle force qu’elles ne brûlent pas le bois mais entrent directement dans les cellules de la matière. On peut monter en épaisseur sur la lame et même faire un dégradé de métal sur le bois, ce qui est très beau. C’est le seul procédé qui permet ce rendu. Pour l’instant cela fonctionne avec toutes les essences de bois, mais pas toutes les nanoparticules : l’aluminium fonctionne très bien ainsi que l’étain. Pour l’inox, en revanche, nous devons commencer la projection avec l’aluminium et finir avec l’inox.

L’idée c’est de dire aux ébénistes, quand vous voulez assembler deux pièces de bois, vous les soudez. Mais on peut aller au-delà du bois, par exemple : pour souder la céramique au verre avec une projection d’aluminium, ou vice-versa, voire de la céramique projetée… En termes de mise en œuvre, ces combinaisons qui n’étaient possibles qu’avec des colles résines deviennent faisables sans colle. Quand on soude on peut monter très vite en épaisseur. Si on arrivait à révolutionner le monde du bois ça serait avec ça.

L’industrie du luxe présente un vrai potentiel en termes de marché financier pour ce type d’innovation, les arts de la table, mais pas que !

Et la seconde piste ?

Le ESPCI, le pôle physique mécanique du CNRS nous a approchés pour développer un nouveau type de panneau qui se déforme par impulsion d’air. Avec le Airwood c’est juste la peau du panneau qui se déforme, et là il s’agit du panneau dans toute son épaisseur qui se déforme. En balançant de l’air cela déforme certains endroits et pas d’autres, et on arrive à créer des formes
inédites.

Cela reste très artistique, et nous cherchons encore des scénarios d’usage, autre que pour des portes de meubles ou table de jeux qui s’enroule, par exemple.

Ce qui m’amuse, c’est de ne jamais faire deux fois le même projet. Il y a toujours un défi… Je me remets en question, je remue mes méninges pour arriver au projet et c’est ça qui est merveilleux !

Voir le numéro 129 de Formes de Luxe pour l’interview complète.

Alissa Demorest

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© Thierry Caron Steven Leprizé

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