Formes de Luxe

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Albéa, Force de proposition

Albéa, Force de proposition
R.Domenico RUTIGLIANO

François Luscan, PDG d’Albéa, dévoile la politique d’innovation du groupe français et explique en quoi la digitalisation est en passe de transformer le quotidien de la société spécialisée dans le packaging des produits de beauté.

Comment abordez-vous l’innovation chez Albéa ?
Nous distinguons trois types d’innovations. Dans la première approche, le push, nous concevons et développons de nouveaux packagings qui répondent aux attentes de nos clients et du consommateur final. L’innovation dite push nous permet d’accélérer le rythme. Le marché évolue de plus en plus vite, il faut donc coller au mieux et plus rapidement aux modes et aux tendances. À l’ère du digital, les consommateurs jouent un rôle de plus en plus important. Pour être en phase avec le marché et ses évolutions, nos équipes marketing, nos développeurs et experts techniques implantés dans chaque région du monde font de la veille. Des séances d’innovations sont ensuite organisées. Différentes idées sont alors retenues puis parfois testées par des consommateurs au Brésil, en Chine, en Indonésie, en Europe et en Amérique. Nous élaborons ensuite un portefeuille de produits que nous lançons soit seul soit avec un partenaire. Les deux autres approches sont l’innovation technologique, souvent de rupture, appliquée aux processus de fabrication, visible ou non des consommateurs et, enfin, le pull qui, elle, est basée sur une réponse technique à un cahier des charges, voire un projet de co-développement avec un client. C’est notamment le cas de la technologie O2 Wall Tube développée avec L’Oréal. Il s’agit d’un nouveau procédé de fabrication d’un tube laminé barrière qui offre la même capacité de protection que l’aluminium, mais avec des possibilités de décor plus larges et une empreinte carbone réduite.

L’innovation dite push est-elle privilégiée chez Albéa ?
Notre objectif est d’avoir le portefeuille produits le plus large possible, mais aussi le plus innovant. Après avoir identifié une tendance ou une problématique, nous développons des produits ciblés. C’est ainsi que nous avons développé Magic Lash, une nouvelle gamme de deux brosses mascara en plastique adaptées notamment aux consommatrices asiatiques dont les cils sont généralement courts et fins. Côté tubes, nous avons répondu à la tendance des formules liquides (soins, maquillage et capillaire) avec TearDrop, un système de distribution goutte-à-goutte équipé d’un embout dont la transparence imite celle du verre. Ce tube est une alternative aux flacons avec pipette en verre et accompagne la tendance du luxe nomade.

Albéa dispose de plusieurs centres d’innovations. Certains sont-ils plus développés que d’autres ?
Historiquement, nos plateformes d’expertise sont plus importantes en Europe et en Amérique, mais nous développons de plus en plus de nouveaux produits en Chine et au Brésil. Nos équipes et réseaux d’experts sont tous reliés via notre plateforme interne d’échanges. Sur cette plateforme, une problématique peut faire l’objet d’un brainstorming collectif avec la communauté d’experts techniques et marketing mondiaux. Les solutions proposées sont ensuite évaluées sur le plan industriel, marketing, économique et environnemental, et les meilleures d’entre elles sont retenues afin d’élaborer un prototype. Ce dernier peut ensuite être testé localement. Ce process démontre que l’innovation push peut avoir pour origine n’importe quel endroit de la planète. La Corée inspire énormément, l’ouest Américain pétille d’idées, ainsi que l’Indonésie ou le Brésil avec des problématiques propres aux consommateurs locaux.

Vos plateformes Albéa Tips Studio en Italie et Lipstick & Co en France répondent-elles à cette démarche ?
Nos plateformes d’expertise, une dizaine dans le monde, sont bâties autour de l’expertise technique et du savoir-faire industriel du groupe en matière de packaging spécifiques et standards et de procédés de fabrication. Ainsi, Albéa Tips Studio, notre plateforme mondiale d’applicateurs, propose des produits qui vont de la brosse mascara fibre ou plastique aux embouts de lipgloss et d’eye-liners. Les applicateurs sont pensés en fonction de la formule et de l’effet maquillage, et bien sûr en liaison avec le pack. Nous travaillons à la fois le côté tendance court et moyen terme ainsi que l’innovation de rupture. À travers ces deux pistes, nous privilégions la différenciation, le Graal des marques, et le time to market, l’autre besoin absolu. Chez Lipstick & Co, notre plateforme de mécanismes et packagings de rouges à lèvres et de sticks maquillage, les packs sont élaborés autour d’un mécanisme innovant. Nous offrons ainsi à nos clients une gamme de mécanismes qui répondent aux différents segments de marché. Par exemple, Maestro, notre dernier mécanisme non-guidé “made in France” pour rouges à lèvres prestige, mass et masstige, est doté de la technologie “flex tab” brevetée pour un couple de fonctionnement contrôlé et constant, ainsi que d’un système d’ouverture en un tour. D’autres plateformes se concentrent autour d’expertises spécifiques comme les pompes mousse (Albéa Foam Lab) ou les systèmes de distribution pour les parfums (Albéa Fragrance & Beyond).

De nouvelles plateformes vont-elles voir le jour prochainement ?
Début 2017, nous allons ouvrir une nouvelle entité Tips Studio aux États-Unis.

Quels sont vos segments prioritaires en termes d’innovation ?
Je veux que tous nos segments progressent. Aujourd’hui, le secteur du maquillage est particulièrement demandeur en termes d’innovation. Les marques jeunes, qui misent sur le digital, ont un très fort appétit en nouveautés. Certaines proposent de nouveaux produits pratiquement toutes les semaines. C’est important d’être en mesure de répondre à cette demande. Prenons l’exemple de Quartz & Onyx, notre dernière gamme de compacts personnalisables grâce à l’impression digitale. Un nouveau boîtier peut désormais être lancé en quelques semaines avec différentes options. Les marques prennent également en compte les contraintes environnementales et l’évolution des règlementations. Comment développer un rouge à lèvres et s’assurer qu’il sera 100 % recyclable ? Quels matériaux convient-il de proposer comme alternatives à certains thermoplastiques ? Un certain nombre de nos clients en font une priorité stratégique. Nous devons répondre à ces demandes alors que certains produits ne sortiront que dans cinq ans.

Comment voyez-vous l’évolution du pack connecté ?
Ce ne doit pas être uniquement un gadget. Grâce à lui, le consommateur doit vivre une expérience utile et ludique. Mais le défi réside dans le coût de ce type de solution. Nos équipes travaillent sur ces thématiques : système de reconnaissance visuelle, intégration de la technologie NFC permettant d’avoir immédiatement des informations complémentaires sur un produit (cela signifie moins de papier et une réponse rapide à une interrogation), tutoriels intégrés expliquant comment appliquer un produit. Plus généralement, nous devons réinventer l’information produits avec nos clients, et réfléchir à l’évolution des besoins des marques et des consommateurs. L’un des sujets peut ainsi être la traçabilité pour identifier d’où vient la résine d’un produit.

Albéa accélère sur le front de la digitalisation. Cela a-t-il un impact au niveau des développements ?
Depuis le process jusqu’à la manière dont nous travaillons avec nos clients, la digitalisation est omniprésente. Nous avons, par exemple, lancé une plateforme baptisée Albéa Mix & Match, accessible à tous sur internet, pour concevoir et customiser virtuellement les tubes. Cet outil va très loin dans la conception produit, dans la façon d’interagir avec le client. Cette révolution digitale a bien évidemment un impact sur la production. Ainsi, dans les usines, l’automatisation permet d’améliorer la performance et la fiabilité de nos équipements, mais également de libérer nos salariés de certaines tâches routinières. Enfin, la digitalisation change aussi nos rapports en interne. La plateforme d’échanges dont nous avons parlé, avec ses nombreuses communautés, est également un maillon essentiel.

La digitalisation vous permet-elle de franchir un nouveau cap en termes d’agilité ?
Cela nous permet d’être plus réactifs, mieux connectés les uns aux autres, et plus efficace. Cela va transformer Albéa en profondeur.

Comment se porte le marché ? Albéa performe-t-il sur certains segments ?
Globalement, le marché des tubes se porte bien et nous y réalisons de belles performances. Sur le maquillage, également positif, nous avons des résultats contrastés selon les zones : ils sont bons au Brésil, en Amérique, en Indonésie et en Russie et moins bons en Chine où les exportations sont ralenties mais le marché local croît. En Europe, où nous avons des usines spécialisées par expertise, nous avons des résultats satisfaisants, notamment sur le mascara. Sur un secteur du parfum à la peine, nos résultats reflètent ces difficultés. En revanche, nous enregistrons une belle dynamique au niveau de l’activité personal care.

 

Alissa Demorest

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Albéa, Force de proposition

© R.Domenico RUTIGLIANO FRANCOIS LUSCAN, PDG d'Albéa

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