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Sericyne ou la soie réinventée

Sericyne ou la soie réinventée
Sebastien Vallee

Des vers à soie transformés en ouvriers obéissants d’un atelier de production hors pair, dans lequel ils sécrètent des kilomètres de soie non tissée, légère, délicate, légèrement scintillante, en 2 ou 3D… C’est sur cette idée étonnante que repose Sericyne, cette société créée en 2015 par une designer fraîche émoulue de l’école Boulle, Clara Hardy, rejointe par une ingénieur agronome, Constance Madaule, sortie, elle, d’AgroParis Tech.

Quelles possibilités offre cette soie non tissée ?

Naturellement, le ver à soie produit un cocon dans lequel il s’enferme ; c’est, traditionnellement, ce cocon qu’on ébouillante pour en extraire les 1 à  1,5 km de fil de soie produit (avec, au passage, une destruction partielle de la séricine, une protéine qui fait office de colle). Mais ça c’était avant ! Avant l’arrivée de cette société qui réussit, elle –par quel mystère, elle ne l’explique surtout pas-  à lui faire excréter une soie non tissée blanche, orange, jaune d’or ou vert pâle (tout dépend de la variété dudit ver) sur un support donné, soit plan, soit en volume, en fonction du résultat final escompté.

Autre atout, non des moindres, de cette technique de production ? La séricine est conservée, d’où une résistance et une structure de la soie améliorée ; elle peut être alors ennoblie à l’envi, teintée, imprimée, tissée, plissée, cousue, brodée, gaufrée, servir à des inclusions (sur une première couche de soie, il suffit de déposer des plumes, des feuilles d’or ou autre, avant de faire repasser les vers à soie sur le tout)… « Nous essayons toujours de repousser nos limites », raconte Constance Madaule, que ce soit pour des créations standard ou sur mesure, comme « ces étiquettes ou ces coffrets très haut de gamme » réalisés, de façon confidentielle, pour des marques de luxe.

Concrètement, comment ça marche ?

L’activité repose sur un réseau très restreint de producteurs de mûriers, et d’éleveurs  de vers à soie –une activité jusqu’alors en voie de disparition en France-. Dans des magnaneries, ceux-ci font incuber puis éclore les œufs, issus d’un savant mélange de variétés rustiques (résistantes mais faibles productrices) et d’autres très productives, mais aussi très -trop- sensibles ; une fois éclos, les vers sont nourris 2 fois par jour de feuille de mûrier, dont ils sont capables d’ingérer jusqu’à 10000 fois leur poids ! Au bout d’un cycle de 30 jours, ils sont amenés à l’atelier Sericyne dans les Cévennes, fins prêts à délivrer leur content de soie  et à réaliser à la demande des épaisseurs variables, des panneaux A3, des formats 5m x 5m, des formes carrées, rectangulaires, sphériques… C’est quand ils ont fini de produire –soit entre 2 à 3 jours après avoir démarré- qu’ils se muent en chrysalide, puis en papillon mâle ou femelle,  pour s’accoupler, générer de nouveaux œufs et enclencher le cycle suivant. Avec une production d’avril à octobre-novembre, le reste de l’année via les stocks, Sericyne a intégré en novembre la promotion LVMH de start-up à la Station F, « une belle reconnaissance », estime Constance Madaule.

Sabine Durand

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Sericyne ou la soie réinventée

© Sebastien Vallee Une demie-sphère s'exception signée Sericyne

Soie non tissée ennoblie

© Sara Pascoal Sa matière, résistante, peut être brodée

Quand la soie non tissée de Sericyne recouvre un flacon

Une forme à facettes produite par des vers à soie

Inclusion de plumes dans la soie intissée

Broderie sur soie non tissée

© Sebastien Vallee Le mariage délicat du bois et de la soie non tissée Sericyne

© Cecile MUZARD - Photographe Clara Hardy et Constance Madaule, Sericyne

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