Formes de Luxe

Le magazine de l'emballage de luxe

Formes de Luxe

Pack éco-conçu : Lush montre l’exemple

17-08-19

Pack éco-conçu : Lush montre l’exemple

Lush a lancé son premier rouge à lèvres rechargeable au printemps en partenariat avec le fabricant Reboul/Aptar. Nick Gumery, creative buyer for packaging de la marque britannique explique comment celle-ci donne de la valeur et une durée de vie rallongée à ses packagings.

Quelle est votre priorité en tant qu’acheteur ?
Nous cherchons à nous orienter vers l’utilisation de matériaux régénératifs. Nous classons les matériaux pour packaging en trois grandes catégories :
la première est dégénérative, c’est-à-dire les matériaux qui prélèvent les ressources de la planète sans rien donner en retour – l’aluminium en est un exemple. C’est une catégorie dont nous aimerions nous éloigner et éventuellement ne plus utiliser du tout. Nous n’y sommes pas encore.

Ensuite, il y a les matériaux durables, et en tant qu’entreprise, Lush est très forte dans ce domaine. Nous utilisons le plastique recyclé dans la mesure du possible et notamment des plastiques PCW 100% recyclés pour nos bouteilles, pots et couvercles. Nous incitons également nos clients à nous retourner les emballages après utilisation – et nous leur donnons un produit gratuit en échange. Ces déchets sont collectés et retournés au Green Hub, le centre de recyclage interne au siège de Lush à Poole, où ils sont collectés, triés, lavés et déchiquetés, puis remis à notre fabricant. C’est une action que nous faisons en interne ; cela fait partie du business.

La troisième catégorie est celle des matériaux régénératifs, qui sont naturels et sans ajout de liants ou autres additifs. Les matières durables maintiennent le statut quo, mais ceux qui sont régénérateurs nourrissent le sol et commencent à inverser les dommages que nous infligeons à la planète.

Donnez-nous quelques exemples de matériaux régénératifs.
Le liège récolté durablement est un bon exemple, c’est ce que nous utilisons comme pots pour nos barres de shampooing. En fin de vie, le pot en liège peut être remis en terre et il la nourrira, c’est dans ce sens qu’il est régénérateur. Nous nous approvisionnons en liège au Portugal, où les agriculteurs locaux commencent à repenser leurs pratiques agricoles d’une manière plus durable, en inversant l’habitude de défricher la totalité des sous-bois par exemple pour les protéger du feu, ce qui favorise le retour de la biodiversité. Lush paie
5 euros par pot à ses agriculteurs/fournisseurs et nous les vendons ensuite en boutique au prix de 8,95 euros ; les paysans obtiennent un bon prix pour leur produit et nous pouvons encore faire un profit.

Je travaille actuellement sur un plan pour accroître notre approvisionnement en liège. La marque produit 70 000 pots par an, ce qui est loin d’être suffisant pour répondre à la demande, et nous passerons donc à 500 000 pots dans les
12 prochains mois. Le but est de les vendre dans toutes nos boutiques, au lieu d’être disponibles seulement dans nos magasins flagship.

Au delà des matériaux durables, nous travaillons des matières « pionnières », tout en soutenant des communautés locales. Nos nouveaux pots pour fards à paupières sont fait de noix de Tagua qui proviennent d’Équateur et sont rechargeable et compostable. C’est un matériau couramment utilisé dans l’industrie du bouton : la noix est blanche et ressemble à de l’ivoire, pousse sur les arbres et est  100% cellulose. Cependant, il y a encore des limites à ce que nous pouvons faire. Nous avons essayé de presser la formule directement dans la noix de Tagua au lieu d’utiliser un godet interne en aluminium, ce qui s’est avéré difficile, donc pour le moment la noix est utilisée pour l’emballage extérieur et elle est réutilisable. Ils durent longtemps, et à la fin de leur durée de vie, c’est un emballage « sans souci ».

Voulez-vous supprimer le plastique de votre offre ?
La gamme Lush contient encore beaucoup de produits liquides et cela reste un défi, d’où notre objectif de nous approvisionner à 100 % en plastiques recyclés. Je veux m’éloigner du plastique, mais je ne veux pas le diaboliser non plus car c’est un matériau merveilleusement polyvalent. Mais le plastique à usage unique ? Qui a eu cette terrible idée ? Nous devons cesser de mettre le plastique vierge dans le circuit, mais il est impossible d’obtenir du plastique transparent à partir d’un matériau recyclé. Mais en tant qu’entreprise nous choisissons de faire passer l’environnement avant l’esthétique. C’est quelque chose que nous expliquons à nos clients.

Votre offre de maquillage est en cours de refonte ?
Oui, et notre rouge à lèvres rechargeable entièrement en métal est un bon exemple de la direction que Lush prend pour ce segment. L’idée est de donner de la valeur à l’emballage et d’inverser cet état d’esprit selon lequel le packaging est essentiellement un déchet. Notre objectif est de donner aux consommateurs des produits réutilisables qui ont de la valeur et qui, en fin de vie, sont soit recyclés, soit remis en terre.

Pour le rouge à lèvres, l’idée était d’utiliser zéro plastique, de créer quelque chose de très vintage et de rechargeable. Je crois qu’on a réussi le pari !
Cela n’aurait pas été possible sans Reboul (Aptar), notre partenaire dont le savoir-faire et la technologie ont été fondamentaux pour mettre ce produit sur le marché. Le tube est fait de laiton et d’aluminium et ils se détachent facilement pour éventuellement être recyclés. Le support a été conçu pour s’adapter aux raisin de rouge à lèvres Lush, mais aussi à celui d’autres marques car c’est une taille standard. Plutôt que d’emballer le raisin dans du plastique, il a une enveloppe de cire.

Quel est votre prochain maquillage rechargeable ?
Nous travaillons avec Reboul/Aptar sur un compact qui sera un partenaire parfait pour le porte-rouge à lèvres et qui présente un design similaire. Nous verrons si il y aura un miroir dans le compact car il y a des avantages et des inconvénients à cela, notamment l’impact environnemental de l’argenture du miroir. Pour le moment je pense qu’on ne va pas en inclure.

Nous venons également de lancer une gamme de pinceaux de maquillage à base de colle végétalienne et de fibres synthétiques dans le même esprit de création d’objets « précieux ».

Le mascara nu est un autre axe de recherche, l’idée étant que la formule ne doit pas avoir d’emballage extérieur ; elle forme une croûte, une sorte de peau naturelle, pour que la couleur ne déteigne pas. Le mascara ressemble à une bobine de fil et la brosse, une fois mouillée, est insérée à l’intérieur de la bobine. Mais ce n’en est encore qu’aux tout premiers stades de la R&D.

En tant qu’équipe d’achat, notre objectif est de travailler de manière plus régénératrice. Cette approche a un impact sur tous nos développements packagings, aujourd’hui et dans les années à venir.

Alissa Demorest

Formes de Luxe
1 /

Pack éco-conçu : Lush montre l’exemple

L'actualité formes de luxe

ABONNEZ-VOUS À Formes de Luxe

JE M'ABONNE
Mars 2019 - N°129 Mai 2019 - N°130 Juillet 2019 - N°131